Dernier vaisseau pour l’Enfer – John Boyd

Dernier vaisseau pour l’Enfer de John Boyd

Denoël

 

Une fois la lecture achevée, il y a  presque un goût de déjà-vu. Car aussitôt revient en mémoire la date initiale de publication du livre en question : 1968. Et là, je me dit que les Divergente et compagnie n’ont décidément rien inventé, ni rien révolutionné dans le genre dystopie.

Initialement, je pensais avoir entre les mains le récit d’un amour impossible, un Roméo et Juliette des temps modernes. Dernier Vaisseau pour l’Enfer narre effectivement l’histoire d’amour entre deux jeunes gens appartenant à deux classes distinctes : lui est un étudiant en mathématiques, un M5; elle en littérature une A5. Deux lettres de l’alphabet, deux lettres contenues dans le terme abîme, illustrant parfaitement le gouffre qui sépare les deux classements génétiques.

Ce roman est prenant, et donne une petite leçon aux gros bestsellers en vogue.

Effectivement, les auteurs  d’Hunger Games mais surtout de Divergente n’ont rien inventé, , John Boyd – au moins – avait construit une dystopie qui aujourd’hui nous est familière. Notre bonne vieille Terre est dominée par des castes dans un régime dirigé d’une poigne de fer.  A l’instar de l’Inde, ces dernières reposent sur les fondations familiales et la perpétuation de la lignée ainsi, les mésalliances sont-elles proscrites. La pureté de l’héritage génétique est en jeu, une lignée de mathématiciens se doit être préservée, comme toutes les autres castes basées sur les compétences intellectuelles : Arts, Sociologie, Théologie,…  Hors de question d’associer une caste à une autre, tous se marient au sein de sa « matière ». Le chiffre permet simplement de situer le niveau atteint au sein de cette structure et de ramifier les différents métiers.

Pour veiller au grain et à l’ivraie, le système étatique repose sur 3 piliers : la religion (variante de la chrétienneté), la sociologie et la psychologie. D’ailleurs il convient de signaler que dans cet univers, le Pape est infaillible, et pour cause, c’est une I.A! C’est aussi un des derniers recours… Toute violation au code de la génétique est sévèrement châtiée, avec pour les déviants (divergents) l’expédition en Enfer.

Mais voilà, notre mathématicien, étudiant brillant de 20 ans, tombe sous le charme d’Hélix une littéraire, et n’a qu’une obsession : l’épouser, envers et contre tous.

Le lecteur se trouve happé dans un histoire d’amour naissant qui prend une ampleur émouvante au fil des semaines et des mois. Les stratagèmes mis en place par notre jeune héros, Aldane, sont une pierre supplémentaire apportée à notre empathie. Le suspens repose sur la réussite de ses subterfuges et ses plans ainsi que sur le danger omniprésent. Le jeu de poker menteur qui se joue entre lui et son père renforce l’aspect dramatique de la situation, tout en soulignant la naïveté propre à cet âge et à l’amour. L’angoisse et la fureur d’une première passion étreignent le lecteur autant que cette savoureuse partie d’échec intellectuel (avec handicap…).

Le roman accuse sans doute un peu son âge, sans que soit vraiment gênant, la traduction d’époque ne facilitant pas la transition depuis les annèes 70… Malgré cette nuance légèrement surannée, le texte conserve sa force et fait son petit effet. Les thématiques abordées sont toujours aussi intéressante, voire d’actualité (eugénisme, totalitarisme, liberté de conscience, liberté, libre arbitre,…) avec le thème central de la liberté. L’auteur ne joue pas la gamme la plus évidente d’une machine étatique fermée et répressive comme V pour Vendetta ou 1984 de Orwell.  Certes, la société décrite est régie par un triptyque glaçant, totalitaire et religieux, or les « citoyens » vivent dans le bien-être et une forme de bonheur. L’exercice n’était donc pas si évident.

Tout n’est pas parfait, mais en 250 pages, John Boyd parvient à nous brosser un avenir qui fait froid dans le dos et dont l’issue semble toute désignée pour nos protagonistes. Aldane apparaît comme un héros courageux, amoureux, intelligent et immature, Hélix semble un peu plus ambiguë et rusée. Ils sont un peu léger, et les autres second couteaux sont accessoires… La figure héroïque de Fairweather (jeu de mot en anglais) éveille la curiosité et la pseudo-enquête dont il fait l’objet apporte son lot de petites révélations.

La fin est assez particulière, le ton diffère tant de l’ensemble, que je me suis sentie un peu déroutée, et j’aurais été potentiellement très déçue que Dernier Vaisseau pour l’Enfer s’achève ainsi. Heureusement, John Boyd conclu son roman sur un épilogue qui donne une toute autre saveur et invite à une lecture toute autre. Un twist assez surprenant et surtout bienvenu!

PS: la police de caractère est toute petite, et les 250 pages affichées sont denses.

Autres critiques :

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Challenges :
Challenge Littérature de l’Imaginaire – 5° édition

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Défi Lecture 2017 : #69 lu pour un autre défi

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Le Livre :

Denoël 1971 – épuisé.

Trop heureuse de signaler que ma sœur l’a déniché!!

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23 réflexions sur “Dernier vaisseau pour l’Enfer – John Boyd

    1. En poche ça se trouve ça va 🙂

      Je suis curieux de voir cet ancêtre de toutes les dystopies actuelles et voir s’il pioche son inspiration dans Kallocaïne de Karin Boye, Nous Autres de Ievgueni Zamiatine, ou encore le meilleur des mondes d’Huxley. Vu que c’est apparemment le cas pour 1984.

      Aimé par 1 personne

    1. L’histoire d’amour en soi est secondaire et n’est là que pour mettre en œuvre les rouages de la machine étatique et totalitaire, pour faire briller l’esprit de Fairweather… Et en plus il y a un petit twist.

      J'aime

    1. Je ne suis pas du tout romance, et ici, l’histoire d’amour n’est qu’un prétexte pour mettre en action l’intolérance de cette société!
      Il faut regarder du côté des occaz ou en livre de poche.
      Oui, c’est cool de la part de ma sœur!

      Aimé par 1 personne

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