La Promesse de Sang – Brian McClellan

La Trilogie des Poudremages, Tome 1

Léha éditions

« L’Âge des Rois est mort… et c’est moi qui l’ai tué. »

« Il n’est pas facile de renverser un roi. Pourtant, le coup d’Etat fomenté par le maréchal Tamas a envoyé les nobles à la guillotine et sauvé le peuple d’Adro de la famine. Mais ce n’est qu’un début et il le sait. La guerre couve entre les Neuf Nations, et les Kez, privés de juteux accords commerciaux, sont sur le point d’envahir Adro. Tamas doit compter sur les derniers poudremages de sa cabale, ainsi que sur Taniel, un tireur d’élite qui est également son fils, et Adamat, un ancien inspecteur de police désormais détective.

Mais entre les derniers royalistes et les alliés de Tamas, l’Église, une armée de mercenaires et le puissant syndicat des travailleurs d’Adro, la trahison bat son plein. À qui Tamas peut-il encore se fier ?

Lorsque des prophéties immémoriales auxquelles plus personne ne croit, annonçant le retour d’un dieu ancien, menacent de devenir réalité, comment empêcher le pire ? ».

La source de la Discorde

L’univers des poudres-mages de Brian McClellan emprunte beaucoup de traits de caractères et historiques à l’Europe, sans qu’il s’agisse d’une reconstitution au sens strict ou une plus simplement d’une uchronie. L’essentiel de la trame se déroule en Adro, un pays des Neuf, entouré de voisins plus ou moins belliqueux.

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L’auteur utilise suffisamment de codes et de marqueurs historiques familiers pour que le lecteur fasse des parallèles avec notre propre monde. Ainsi, Adro s’identifie aisément à la France révolutionnaire.  Le Roi Manouth XII est décapité en bonne et nombreuse compagnie dès le premier chapitre, dans une scène assez… sanglante et cinglante, sur une place qui sera rebaptisée pour l’occasion (d’un nom qui fait mouche).

Cette « têtectomie » n’est pas le seul point de concordance avec l’Héxagone d’alors. Les causes de cette révolution prennent leurs racines dans les mêmes terroirs que jadis : famine, « servage », colère du peuple, privilèges ahurissants, train de vie du roi et des nobles,… Le catalyseur Adrien allumant la mèche trouve sa source dans le traité que le roi adrien Manouth souhaite signer avec les Kezs; un traité bilatéral qui réduirait le pays en un misérable vassal de ces derniers, sa population en une forme d’esclavage, et tout ceci afin que Manouth et sa suite puisse continuer à vivre dans le faste et l’opulence.

Le traité contient d’autres contraintes et exigences qui poussent Tamas à s’allier avec d’autres conjurés tout autant menacés par les différentes dispositions. Lady Winceslav, à la tête des Ailes d’Adom, verrait sa troupe de « mercenaires » dissoute, les syndicats organisés par Ricard seraient interdit, l’Église de Krésimir de Charlemund espère un meilleur tribut, et le sort s’avérerait bien plus funeste pour les poudremages,…

Les tyrans dans les trilogies de fantasy sont légions, et nous sommes habitués à voir s’élever un héros ou une héroïne pour le contrer ou l’abattre. Tout cela demeure toutefois un « prétexte » pour un roman de divertissement. Les Poudremages jouent à un tout autre niveau. Brian McClellan y construit une trilogie qui assigne le renversement du roi à une place accessoire, tout en restant paradoxalement l’évènement central.

Les conséquences d’une Révolution

En effet, la révolution en elle-même ainsi que la cause royaliste sont rapidement expédiées; aussi dès la fin du premier tiers du roman,  naviguons-nous déjà dans d’autres eaux troubles toujours autant mouvementées.

Or, ce n’est que la face visible de l’iceberg puisque Tamas et son « directoire » doivent assumer les nombreuses conséquences de cette décapitation du pouvoir exécutif et législatif… C’est un choix de narration peu usité en fantasy, je l’avais précédemment rencontré avec la trilogie de L’Empire Ultime de Sanderson, sans que le traitement de la question soit aussi fin et profond que présentement.

La chute du régime ainsi que les combats entre révolutionnaires et royalistes ont touché la population et le pays de plein fouet.  La question de la famine n’est pas encore réglée, car c’est une chose que d’abattre un roi plus soucieux de son confort que de ses sujets, s’en est une autre de parer l’ensemble des obstacles. De plus, le peuple présente une inertie certaine, un peuple qui désormais n’est plus assujetti à la tyrannie d’un seul, mais libre de ses choix alors qu’il passe de cette forme de servage au statut de citoyen. Les gens, surtout dans la capitale, sont déboussolés pourtant la situation exige de l’organisation et de tracer une voie vers la stabilisation.

Hormis les volets politiques et militaires, les différents bouleversements de la société (industriels, syndicaux, commerciaux, familiaux, criminels, sanitaires,…) sont amenés par touches légères, par un dialogue ici, une petite scène là, une description, ou encore un passage plus dynamique. Cette construction permet ainsi de densifier et de corser tout l’univers des Poudremages, sans alourdir le récit ou submerger le lecteur.

La religion est partie prenante dans les affaires des révolutionnaires, Charlemund a d’ailleurs une place au sein du conseil, et sa position revêt un poids important dans la direction des affaires courantes, et moins courantes. C’est un contrepoids lourd à gérer pour le feld-maréchal, et une lutte d’influence s’installe de manière des plus voilées.

Le divertissement n’est pas le seul ressort qu’exploite notre auteur, sans aller à comparer La Promesse de sang à un roman historique, le sérieux et la profondeur de cette approche changent de la fantasy de pur divertissement.

La petite touche séduisante et élégante dans le choix des uniformes est le petit plus qui imprègne davantage encore dans la tradition française militaire, les tenues ressemblent fort à celle des hussards du tout début XIX° avec les broderies, les couleurs, les entrelacements d’ourlets. Une petite nuance américaine vient compléter l’accoutrement militaire avec les chevrons d’ancienneté et les épingles de spécialité (baril de poudre pour les poudremages).

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La comparaison avec les événements consécutifs à 1789 peut se prolonger hors d’Adro. Ses frontières sont menacées par Kez qui voit d’un très mauvais œil non seulement la décapitation du roi, mais aussi la rupture par rapport à l’ordre ancien et surtout la suprématie des poudres-mages au sein de cette nation nouvelle.

Les charognards veillent

Ippile, le roi des Kezs a des visées hégémoniques sur l’ensemble des Neuf royaumes, et souhaite ardemment soumettre cette rébellion par tous les moyens. Tous : militaires, espionnages, magiques et assassinats. Surtout qu’ils ont connu un revers de taille dans un pays septentrional, Fartatas.  Toute ressemblance avec les jeunes USA est volontaire, les autochtones sont vêtus de peaux de bêtes, la présence de colons, les allusions à une culture chamanique, les conflits entre tribus rivales et l’aide d’Adro dans cette lutte pour leur libération (comme les troupes de Lafayette) du joug Kez; tous ces éléments participent à rendre cette sensation.

De là, à comparer Kez à l’Empire britannique, il n’y a qu’un pas. Cependant, ce parallèle n’est pas aussi évident car la puissance politique de la cabale royale des magiciens et l’influence du « clergé » de Krésimir me font également penser à l’Espagne.

Cette cabale de magicien a une dent des plus acérées contre les poudres-mages qu’elle juge contre nature, et qui justifie « moralement » l’intervention de Kez en Adro afin d’éliminer cette engeance démoniaque…

La Magie au sommet

En effet,  plusieurs formes de magie sont au sommaire. En premier lieu, les Privilégiés – les magiciens des cabales royales – possèdent un type traditionnel;  ils doivent puiser dans l’Ether pour lancer des sorts. La puissance varie d’un individu à l’autre, homme ou femme. Notons la présence des mages qui sont leur opposé et servent à annihiler ces effets magiques

Évidemment,  les poudremages sont immanquables, classe inspirée une fois encore de Sanderson et de sa magie des métaux. Ils servent essentiellement dans l’armée, car leur talents martiaux sont surtout utiles dans cette institution. Ils manient des armes à feu dont ils peuvent exploiter et magnifier les effets, ainsi que la poudre noire qui sert de comburant à leur magie.

Une catégorie moins typique s’illustre parmi les Doués qui ont un talent particulier poussé. L’un peut savoir si on lui ment, l’autre a une mémoire absolue,…

Enfin, les habitants de Fartatas s’orientent vers un chamanisme mâtiné de vaudou avec l’utilisation de poupées. Cette magie demeure assez mystérieuse tout comme Ka-Poel l’indigène blonde aux tâches de rousseur qui l’utilise. Muette, dotée d’un fort tempérament, elle réserve son lot de surprises.

Ka-Poel, ou Pôle, est la « pupille » de Taniel, Two-Shots, le fils de Tamas qui fait également partie des poudremages. Un personnage bien travaillé par Brian McClellan, un héros non dénué de défauts ou de doutes, mais loin du stéréotype de l’anti-héros. L’auteur exploite parfaitement les relations tendues qu’il entretient avec son paternel et supérieur hiérarchique. Cela ne facilite en rien leur rapprochement, surtout que le fils vivant dans l’ombre de ce personnage charismatique, célèbre et puissant recherche son approbation, son amour et un chemin à lui. Il faut dire que le feld-maréchal prend de la place, génie militaire, chef des armées sous le Roi Manouth XII qu’il trahit, il doit faire face à de multiples menaces et l’exercice du pouvoir s’avère pesant.

Les personnages sont généralement bien rendus, agréables dans leur diversité de caractère. Quelques uns sont à peine esquissés mais participent peu au récit, d’autres sont dépeints avec soin, même si le lecteur n’échappe pas à quelques protagonistes passe-partout ou un peu stéréotypé. Je tiens à souligner la place des femmes dans cette histoire, nombreuses surtout pour de la fantasy, et de la flintlock. L’auteur les glisse dans le récit avec naturel et évidence, sans la grosse pancarte qui m’agace généralement « regardez! j’ai mis une femme forte! » avec les néons qui vont bien au cas où nous serions stupides.

Je pense notamment à Nila, la royaliste qui nous offre un point de vue différent, et à l’opposé des conjurés. Une jeune femme d’extraction modeste très attachée à Jakob, fils de duc et héritier présomptif du trône, un gamin de dix ans… Ou Vorla, la Poudre mage, ou Julenne, ou Rozaria les mages les plus puissants de tous.

Enfin, nous avons Adamat un détective doué de la mémoire absolue qui enquête sur la tentative d’assassinat dont à fait l’objet Tamas. Cette enquête s’associe parfaitement à la trame principale, en révélant des ramifications prometteuses et dévoilant des enjeux considérables pour l’avenir d’Adro. En fait, elle permet ainsi d’introduire davantage de tension, un sentiment d’urgence et de danger qui s’intensifient au fil des chapitres, tout en élargissant la vision d’ensemble.

Je suis certaine qu’il y en a parmi vous qui sont en train de se dire; ouf! c’est trop complexe, c’est trop fouillis, trop d’éléments, c’est trop dense, c’est pas pour moi. Détrompez-vous!

Brian McClellan maîtrise parfaitement la construction de son récit et le délivre avec un timing habile. Les révélations, les tours et les contours des trames sont amenés de manière réfléchie afin de faciliter l’immersion et l’acquisition des informations, des nouveaux protagonistes, des liens  et des contentieux ou allégeances. La familiarité avec les puissances européennes des XVIII°/ début XIX° et les grandes dates historiques facilitent d’ailleurs la compréhension des enjeux et du récit.

L’écriture est fluide, avec un rythme varié et agréable proposant des moments intimistes,   des scènes pleine d’action, entrecoupés d’un détour avec Nila la blanchisseuse royaliste ou avec l’avancée de l’enquête d’Adamat.

La Promesse de Sans est un roman qui porte la fantasy à un niveau rarement atteint et qui s’inscrit comme référence pour l’avenir.

Autres critiques :

Le Culte d’Apophis l’Ours inculteBoudiccaDrums n booksVive la SFFF

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