Une étude en soie – Emma Holloway

 

Un roman se déroulant dans l’univers de Sherlock Holmes me fait inévitablement envie. Associé à ce fait, une superbe couverture et une maquette élégante et soignée, vous comprendrez que je ne pouvais que craquer sur Une étude en soie d’Emma Holloway.

Les amateurs du détective londonien auront rapidement relevé le clin d’œil à l’illustre Une étude en rouge de Conan Doyle, premier roman sur le célèbre duo du 21b Baker Street.

Ce texte met en scène une jeune femme, Evelina âgée de 16 ans qui n’est autre que la nièce de Sherlock dans un roman policier de fantasy steampunk.

Le lecteur s’invite ainsi dans l’intimité d’une belle amitié entre Evelina et Imogène, cette dernière doit faire son entrée dans la haute société londonienne. Eva dont les origines sont bien plus modestes ne peut connaître cette exaltation, elle a été élevée dans une troupe et recueillie par Mme Holmes, mère de Mycroft et Sherlock au décès de sa mère (la sœur cachée) .

Ses manières ne sont donc pas tout à fait en adéquation avec les attentes de la haute société, tout comme ses aspirations et ses compétences. En effet, mademoiselle pratique la magie et étudie les sciences et phénomènes naturels. Dans ce Londres victorien, la première est très mal vue tandis que la seconde est réservée à la gente masculine.

Il y a de quoi s’amuser avec les codes d’une société « étriquée » pour un auteur, jouer sur les clichés et leurs absurdités. Mais, Emma Holloway n’exploite pas suffisamment  cette opportunité pour lui donner de la percussion. Eva a bien trop de latitude pour exprimer sa différence dans un milieu pourtant cloisonné, surtout en première partie de roman. Certes, je n’attends pas un roman de meurs doux-amer du style de Jane Austen, pourtant il demeure possible de conserver ce cadre exigeant et peu regardant pour les aspirations féminines tout en mettant en scène une jeune femme moderne et à libre d’esprit (Une histoire naturelle des dragons de Marie Brenan).

Rassurez-vous, ce n’est gênant pour la suite de la lecture que si vous vous attendez à ce que l’auteur s’attache à respecter le cadre victorien dans l’esprit et dans la lettre.

« Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes, s’apprête à vivre sa première saison dans la haute société londonienne. Mais quand de terribles meurtres secouent le manoir de son amie et hôte, la jeune femme se retrouve plongée au cœur d’un complot remettant en question le monopole des barons de la vapeur sur la ville. Une enquête à hauts risques.

D’autant qu’Evelina cache un dangereux secret et qu’elle ignore auquel de ses compagnons elle peut réellement accorder sa confiance : le beau et brillant aristocrate débauché qui fait battre son cœur ou son meilleur ami forain, qui ferait n’importe quoi pour elle.« 

Il nous faut mentionner le complot des barons de la vapeur. Steampunk oblige; l’aspect vapeur d’eau et cuivre occupe une importance de premier plan à la fois dans les descriptions faites par l’auteur, dans l’utilisation de cette technologie mais surtout dans l’importance capitale de cette énergie au sein de Londres. Bien entendu, le complot repose sur une ambition démesurée et une soif de pouvoir certaine. Des machinations sont mises en place pour ruiner quelques puissants dont vous devinerez rapidement les cibles, et Eva s’y trouve immanquablement mêlée. Or, l’intrigue met du temps à se mettre en place malgré un premier meurtre assez précoce, ensuite, les éléments et le suspens s’agencent avec douceur, les tuyauterie en cuivre ne sont souffre d’aucune fuite…

L’aspect visuel fonctionne très bien, et la plume de Emma Holloway donne un charme presque mystique à ce Londres de l’ombre et du brouillard. Les manœuvres en elles-même, tout comme les péripéties de la jeune Eva sont truculentes et intéressantes sans atteindre les sommets des thrillers et autres policiers.

Venons-en à la magie. Disons qu’elle m’a laissée sur ma faim, le système proposé a du potentiel mais n’est que survolé. L’auteur cherche à la combiner avec un penchant mystique et j’ai lu beaucoup plus convaincant, même si cela reste fort agréable au demeurant.

Les amateurs de Sherlock doivent s’interroger sur l’éventuelle présence du détective : il apparaît dans quelques scènes, fidèle à lui-même, mais sans faire de l’ombre ou du tort à sa nièce. Quant aux autres personnages, nombreux et plutôt bien distincts, l’auteur s’en sort avec les honneurs. Nous n’évitons pas quelques stéréotypes, mais quand c’est bien fait…

Imogène est la parfaite amie, timide, bien élevée et fragile, elle est dans la lignée d’un Waston. Son frère, Tobias, un poil vaurien, cherche la reconnaissance paternelle. Nick, un ami d’enfance ne doute de rien…

Le point qui m’a le plus exaspéré est l’aspect romance. Déjà quand l’amour s’installe dans un roman il faut que ce soit subtil et tout en délicatesse pour me faire vibrer. ici, non seulement tous les clichés y passent ( le frôlement des doigts, la vue sur la clavicule, le regard de braise, les papillons,…)  mais en sus, l’auteur nous gratifie d’un triangle amoureux à la Twillight entre 2 bels éphèbes (Tobias et Nick) et l’héroïne!!!

Extrait :

« Il s’accroupit auprès d’elle. Il était si proche qu’elle sentait la chaleur émanant de son corps et elle dut résister de toutes ses forces pour ne pas s’incliner un peu plus vers lui.

Si Tobias est un ange déchu, comment qualifier Nick . Une séduisante créature du monde des ombres venue me tenter avec des visions d’un amour perdu? »

Nous sommes dans le chapitre 3, nous venons juste de rencontrer Nick,… Qu’elle a connu enfant. Bref, c’est vraiment dans le style romance le plus pur… et le plus allergène pour moi.

Pour conclure, Une étude en soie se veut un hommage au premier roman de Conan Doyle, il met en scène une jeune femme délurée et étrangère à la société victorienne. Le décalage recherché souffre du comportement trop moderne d’Eva. L’auteur a cherché à jouer sur différents registres des littératures de l’imaginaire : fantasy, steampunk, fantastique, romance sans s’engager complètement dans l’un ou dans l’autre. Je ressort donc de cette lecture particulièrement agacée et déçue, (surtout par trop de guimauve.)

Si vous aimez les romans complexes s’axant sur l’intrigue policière captivante, ou sur un univers steampunk maitrisé ou alors si vous recherchez un texte à l’ambiance victorienne jouant sur les mœurs : fuyez, pauvres fous!

EN revanche, si vous êtes fan de romances paranormales, que vous avez envie d’un roman léger avec un design réussi, ou que vous êtres un accro à  la solution à 7% de SH, lancez-vous!

Autres critiques :
Challenges :
Challenge Littérature de l’Imaginaire – 5° édition
Défi Lecture 2017 : #19 un livre qui se déroule dans une capitale
Les pavés de LA
Le livre :
  • 528 pages
  • 28 €

 

 

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44 réflexions sur “Une étude en soie – Emma Holloway

  1. Je ne pense pas que ça soit une romance en tant que telle vu que pour que ça puisse être désigné comme telle il aurait fallu que la fille finisse avec l’un des deux, hors ce n’est pas le cas du tout.

    Dans mon souvenir j’avais trouvé que c’était assez équilibré entre les cotés « histoire d’amour » et policier + surnaturel dans le sens ou on ne peux pas dire que le livre soit que une romance comme on ne peux pas dire que ça n’est qu’un policier ou qu’un livre steampunk fantasy. C’est vraiment totalement dans le milieu des 3-4 genres.
    Du coup oui, tous prennent une part assez importante et c’est sur que si on n’accroche pas à l’un on trouve forcement que ça prend bien trop de place !

    Par contre j’avais trouvé que l’intrigue était quand même sympa vu qu’on ne sait toujours pas qui est le coupable à la fin (enfin je dis ça de mémoire, ça date un peu) et personnellement je n’avais aucune idée de ce qui c’était vraiment passé (et ce n’est pas faute d’avoir retourné mon cerveau xD)

    Aimé par 2 people

    1. Je ne suis pas une spécialiste du genre romance, alors, effectivement je ne sais pas si le roman est une romance…. Mais cet aspect tient une palce importante.

      C’est justement ce que je lui reproche, il y a tous les genres mêlés sans être vraiment aboutis au final, et trop dans le milieu de 3/4 choses.
      Du coup, le lecteur peut trouver ce choix charmant ou pas génial. Pour moi ce n’est pas génial.

      Les 2 points positifs : le « rendu visuel » réussi et l’intrigue qui n’est pas mal.

      Aimé par 1 personne

  2. Ce n’est pas trop mon genre de lecture, mais j’aime bien découvrir de nouvelles choses donc je ne dis pas « non » de façon catégorique. Je me laisserai peut-être tenter un jour, mais je n’ai pas envie de lire des histoires avec de la romance ou des triangles amoureux pour le moment.

    Aimé par 1 personne

  3. Haha ! Autant le côté fantasy-steampunk-londonien, ça m’attirait pas mal, autant quand tu as commencé à parler de triangle amoureux… alors celle-là je l’avais pas vue venir x)
    « Une séduisante créature du monde des ombres », sérieux ?? Aïe… Rien que cette phrase me donne envie de prendre mes jambes à mon cou 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Ben tu vois, c’est page 35 ou un truc comme cela. J’ai eu un peu la même réaction que toi. Toute le reste ce n’était pas forcément brillant, mais demeurait sympathique. A partir de ce moment j’ai fait le Kaï!kaï!kaï! canin en me demandant si je continuais…. ce que j’ai fait mais la guimauve à eu du mal à passer.
      Du coup pour toi ce sera le Fuyez!

      Aimé par 1 personne

    1. Effectivement, cela pourrait être très drôle et effacer la déception de lecture.
      J’ilagine très bien les commentaires échangés lors des scènes romantiques : as-tu fondu sous le regard de braise ? As-tu palpité quand leur index se sont effleurés?….

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  4. Ok… je suis déjà dans les starting blocks !!! Pas pour le lire, mais pour fuir, tu avais compris 😉 Ma dernière expérience « steampunkienne » était déjà trop « harlequinesque » !
    Au fait, moi aussi j’ai compris un truc : tu voulais organiser un grand « sauve-qui-peut » avec ta chronique hein ? Allez, avoue !!! Joliment orchestré, bravo 😀
    (C’est la foire aux guillemets ce soir !) ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Un instant j’ai quand même eu une hésitation. Je me disais Diantre! j’ai convaincue sans être convaincue!…
      Ben à priori ce n’est pas le cas.

      Disons, qu’avec les blogopotes nous avons quand même un univers globalement connu et qui partage de nombreuses similitudes. ALors, disons, que je pense pas que soit une lecture conseillée à ce groupe…
      Donc, oui, c’est un « sauve qui peut » général!

      J’ai des talents d’organisateur! ^^

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