Une guerre victorieuse et brève – David Weber

Honor Harrington, tome 3

L’Atalante

« Un vent de révolte souffle sur la République populaire de Havre. Mais la caste dirigeante connaît le remède : rien de tel qu’une guerre de conquête pour remplir les caisses et refaire l’union sacrée. Une guerre victorieuse et brève. Or l’ennemi est là : le Royaume de Manticore à la prospérité insolente. Alors les incidents de frontière se multiplient… C’est dans ce climat tendu qu’Honor Harrington reprend du service après une convalescence difficile. Elle est aussitôt confrontée à l’hostilité de l’amiral Parks, son supérieur hiérarchique. Et voici que son plus vieil ennemi revient la tourmenter…« 

Avec un esprit réducteur, nous pourrions comparer ce tome de Honor Harrington à un blockbuster hollywoodien. En effet, dans Une guerre victorieuse et brève, deux camps s’affrontent, les « bons » et les « méchants » dans des batailles spatiales épiques, des explosions à qui mieux mieux qui en mettent plein les yeux le tout agrémenté d’une bonne dose de cabotinage.

Dans ce troisième volume des aventures militaires et spatiales de HH, nous y retrouvons  ces ingrédients et même davantage. De nouveau notre héroïne se trouve aux prises d’un antagoniste de taille, et maintenant la femme doit faire face.

Notre héroïne se fait relativement rare dans un bon premier tiers du livre car David Weber choisit de se concentrer sur la République du Havre. Dans la chronique du roman précédent, Pour l’honneur de la Reine, j’avais fait un petit point sur les influences historiques et romanesques à l’origine de la saga.  Il n’est pas étonnant qu’une grande partie de ce tome soit consacrée aux tumultes secouant l’adversaire du royaume de Manticore. En effet, la République subit les soubresauts d’une révolution à l’image de la  France post 1789 ou du contexte historique de la série Horation Hornblower de Forrester. Ainsi, il s’agit essentiellement d’une restitution du cadre politique d’alors dans un univers galactique et non d’une prise de position politique. Chacun jugera si le procédé lui convient ou pas. Pour ma part, j’apprécie cette légère sensation de décalage entre une évolution technologique majeure et une ambiance proche de la fin du XVIII°.

La République du Havre gagne en saveur, elle n’apparaît plus comme un mastodonte monodimensionnel (s’il ne l’a jamais été) un brin caricatural. Ses dirigeants tentent de déclencher un conflit ouvert avec Manticore afin de souder le peuple vers un but commun, l’esprit et les forces accaparées vers un ennemi identifié, détournant ainsi l’attention des problèmes internes. La mise en place du Comité de salut public par Robert Stanton Pierre et Oscar St Just sont directement inspirés de l’époque de la Terreur (les allusions sont quand même énormes pour les amateurs d’histoire, sans doute plus nébuleuses pour les américains). Cette ficelle et le régime politique même de la République pourraient paraître extravagants si l’histoire ainsi que l’actualité n’offraient pas pléthores d’exemples  – la Corée du nord par exemple…

Ainsi, nous retrouvons-nous avec deux blocs antagonistes, héritiers de la Guerre Froide, avec d’un côté les « gentils » et de l’autre les « méchants » dont le régime est basé sur une dictature (et ses travers). La comparaison avec Manticore et son code de l’honneur, son respect de l’éthique n’est pas flatteuse,… Mais, nombres de personnages sont plus nuancés que cette première image, atténuant la dichotomie apparente.

Les jeux de pouvoirs ne sont pas absents du Royaume de Manticore, surtout en matière de politique au sein de la Flotte. C’est à travers la position d’Honor Harrinton que tout s’illustre. Elle est capitaine de pavillon, soumise plus étroitement à la chaîne de commandement alors qu’auparavant elle bénéficiait d’une certaine autonomie. Cette situation est fort bien décrite et reflète la réalité de la gouvernance militaire (la montée en grade des officiers les intègre dans un dispositif plus contraignant au sein des états-majors). L’animosité – de Pavel Young entre autres – qu’elle s’attire en raison de ses succès et de sa progression de carrière revêt une vraisemblance de bon aloi et fait échos à la réalité de certains milieux; d’autant qu’il s’agit d’une femme, et la tendance machiste, au mieux voire, misogyne (Admiral Park) est une autre réalité de nos sociétés.

Certes, en tant qu’héroïne, elle se sort toujours des situations tendues et des pièges, nous savons qu’elle est particulièrement douée dans les domaines du management et de la stratégie tel qu’une autre figure emblématique ayant inspiré l’auteur, l’amiral Nelson (ou un adversaire de l’empire britannique de l’époque: Napoléon). L’histoire nous a offert maintes figures célèbres pour leur génie, David Weber s’engouffre dans la brèche avec Honor Harrington (le parallèle peut encore une fois être fait avec Horatio Hornblower qui connu une carrière tout aussi heureuse et fulgurante). Il est vrai que cela peu agacer (mais n’est-ce pas le propre d’un héros ?), or d’un autre côté, c’est fort agréable qu’ une femme rivalise avec brio, tant les héros masculins connaissent de nombreuses heures de gloire.

D’ailleurs, il est un registre qui anéantit cette image propre et parfaite de Honor Harrington. Notre capitaine tombe sous le charme d’un bellâtre, un coté gauche et timide dévoile sa vulnérabilité et les insécurités qu’elle dissimule fort bien habituellement. Même si l’intrigue amoureuse ne m’a pas ébahie par son originalité ou bien son aspect naturel, découvrir cette facette sensible de notre héroïne la rend plus humaine et attachante. Nous pouvons aussi faire le parallèle avec sa recherche constante de perfection ou son besoin de prouver sa valeur, pas seulement aux autres, mais en premier lieu à elle-même. Ainsi, sous une apparence de force et d’invulnérabilité, nous apercevons-nous que David Weber construit un personnage plus nuancé et plus profond ainsi qu’une femme novice, en recherche de repères.

La première partie du roman se focalise sur la construction des enjeux,  de la tension et du background. Le rythme n’en est pas plat pour autant, et finalement c’est avec surprise que je me suis aperçue qu’il ne se passait pas grand chose en terme de progression dans la trame, mais que David Weber parvenait à conserver l’attention et l’intensité… Du coup, la deuxième partie fait la part belle à  l’intrigue, à tel point qu’elle semble parfois un peu trop effréné.  La bataille finale entre Le Havre et Manticore est superbe, elle est percutante et arrive au moment opportun, une fois que la tension est à son comble. Le tout fut élaboré « patiemment » au travers de simulations, d’entrainements plus ou moins convaincants ou d’escarmouches fortuites.

Honor n’en est pas le point central ce qui peut surprendre. D’ailleurs, nous pourrions noter qu’elle est bien moins présente que d’ordinaire. L’auteur choisit de se concentrer sur la construction et l’enrichissement de son univers. Ce tome peut apparaître plus « politique » car il étoffe les deux blocs antagonistes, à la fois dans leur structure étatique et leur régime politique, mais aussi en décrivant davantage les hommes qui gouvernent ou ceux dirigent les flottes ainsi que leurs méthodes.

Si la part belle est faite à l’action, j’ai trouvé ce troisième volume tourné vers la construction du personnage central, et de son univers. Nous rencontrons des protagonistes habituels – dont Nimitz, et un nouveau Alexander Hamish qui semble bien prometteur. En revanche, inutile de chercher de nombreuses subtilités, cette Sf militaire se lit essentiellement au premier degré, en profitant d’un spectacle intense.

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Le livre :
  •  443 pages
  • tome 3 de la série principale HH
  • broché 21€
  • e-book 9,99€ sans DRM
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18 réflexions sur “Une guerre victorieuse et brève – David Weber

        1. Il ne s’agit pas d’abandonner le roman papier. Le numérique permet d’ouvrir les horizons de sa bibliothèque, j’ai découvert plein d’auteurs et de titres ainsi alors que j’aurais été bien plus frileuse avec le papier en raison de son coût. Cela permet de faire de bons compromis. 🙂

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            1. Pas forcement et elle peut être très vite rentabilisée.
              Chez les éditions Le Bélial, l’Atalante, Au diable Vauvert, Bragelonne, le numérique est entre 50 et 60% du prix papier alors ta liseuse de 100€ est rentabilisé après une petite dizaine d’achat.

              Aimé par 1 personne

              1. Oui, une bonne liseuse n’est pas si onéreuse. Et avec les promos diverses Bragelonne avec ses 500 titres à 0,99€, et les prix plus bas par exemple actusf à moins de 3€, tous les prix accessibles du Bélial et compagnie…. je partage le point de vue de yogo, la liseuse est vite amortie.

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  1. Parmi les premiers tomes, c’est probablement celui que j’aime le moins, justement à cause de la brièveté de l’action militaire proprement dite et de la montée en puissance beaucoup trop longue et molle, même si, comme tu le soulignes, ce roman pose des jalons qui seront capitaux par la suite. Je l’apprécie d’autant moins que les tomes 4 et 5 sont parmi mes préférés de la saga, et que je ne crache pas sur le 6 non plus. En tout cas, merci pour ta critique 🙂

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        1. Non, effectivement je te le déconseille vivement! lol
          Ce n’est franchement en dessous, c’est différent, à la fois un peu orienté action, et d’autre part focaliser sur le construction de l’univers avec davantage de nuances que les deux premiers.
          Mais, cela reste un livre qui ne te plaira pas. 😉

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  2. fnitter

    En revanche, inutile de chercher de nombreuses subtilités : J’ai vu des romans y compris de sf militaire, bien moins subtils que la série H.H.
    Perso j’adore ce tome 3, (les autres tomes aussi d’ailleurs, mais pour info tome 4 et 5 sont moins action mili que le 3 si mes souvenirs sont bons… )

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    1. Il y a de le subtilité, mais c’est vrai que j’aurai pu être un poil plus précise pas ce que j’entendais : nous sommes pas dans la spéculation science-fictive chère à quelques uns.
      J’ai bien aimé ce tome-ci et j’espère que cela se sent! 🙂

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  3. L'ours inculte

    Maintenant que j’ai découvert cette série, elle va faire grossir ma liste d’achats, mais j’aime bien le fait que chaque tome ait son propre équilibre et son identité, on aimera plus ou moins chacun mais ça évite la répétition

    Aimé par 1 personne

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